Impacts des prélèvements en eau de la nouvelle cimenterie de Pout

L’usine de Dangote, localisée dans la communauté rurale de Keur Moussa dans la région de Thiès, a obtenu l’autorisation de réaliser 6 forages de capacité 80 m3/h chacun pour satisfaire les besoins en eau de la cimenterie et de la centrale électrique à charbon de 30 mégawatts qui utilise un système de refroidissement par eau.

La consommation en eau annuelle de la cimenterie et de la centrale est de l’ordre de 1 500 000 mètres cubesCes importantes quantités d’eau sont prélevées dans la nappe maestrichtienne de Pout qui fait partie d’un ensemble géologique appelé Horst de Ndiass. Or, cette nappe est déjà fortement sollicitée par les centres de captage de la Sde localisés à Pout pour les besoins de l’approvisionnement en eau de l’agglomération dakaroise. Il est donc évident que ces nouveaux prélèvements vont contribuer à la surexploitation et à la détérioration de la qualité des ressources en eau souterraine du Maestrichtien qui constitue le principal aquifère du Sénégal. Il s’y ajoute que l’usine de Dangote prévoit à court terme le doublement de ses capacités productives qui entraînera inévitablement une augmentation des prélèvements d’eau sur la nappe du Maastrichtien déjà fragilisée par une très forte sollicitation.

Or nous savons, grâce aux simulations faites par le groupement de bureaux d’études Cowi-Polyconsult (2002) dans le cadre du Projet Sectoriel Eau financé par la Banque mondiale, que la  remontée d’eau salée dans le Horst Ndiass, malgré les nombreuses incertitudes et imprécisions des données, est sans équivoque. Les résultats de cette simulation indiquent que d’ici 10 à 15 ans, il y aura, au rythme des prélèvements actuels, une croissance rapide des concentrations de sels qui proviendraient des remontées d’eau sur-salée profonde (upconing). Or, ce mouvement, décrit dans son caractère inéluctable dans le Modèle Conceptuel développé par Cowi/Polyconsult, est confirmé par les simulations qui montrent que «non seulement les concentrations vont, en quelques décennies, rendre les eaux du Maastrichtien du Horst impropres à la consommation, mais encore qu’un siècle après l’arrêt des forages, les concentrations vont continuer à augmenter en raison de l’inertie et de la puissance du phénomène mis en route par la surexploitation du Horst» (Cowi-Polyconsult, 2002).

Ces conclusions particulièrement alarmantes devraient interpeller les universitaires ou experts hydrogéologues qui ont beaucoup étudié les phénomènes d’intrusion saline pour les nappes côtières sénégalaises mais qui se sont peu intéressés au phénomène d’«upconing». Les services en charge de la planification et de la gestion des ressources en eau sont aussi interpellés pour mettre en œuvre une politique d’exploitation rationnelle et durable des ressources en eau au Sénégal en veillant à protéger nos ressources stratégiques.Cri du cœur ou signal d’alerte ? Toujours est-il qu’une décision doit être prise faute de quoi la Nature les prendra à notre place, nous rendant ainsi vulnérables ainsi que les générations futures.

3 décembre 2014

Kadialy Gassama
Economiste

Lequotidien.sn

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