Buleen Nu YoKk Mar: notre réponse au Ministre de l’Hydraulique Mansour Faye

On ne boit pas du ciment!

Le Ministre de l’hydraulique interpellé par les députés à l’Assemblée Nationale sur la question de la centrale à charbon de Dangote et sur son système de refroidissement en eau apporte des réponses devant la presse. (voir article ci-dessous)

http://www.gfm.sn/lassemblee-nationale-blanchit-dangote-toutes-les-regles-ont-ete-respectees/

A propos de la qualité de l’eau, Mansour Faye a apaisé les inquiétudes en précisant que l’autorisation a été donnée à Dangote Industries pour la réalisation de 4 forages(1) dans la nappe profonde du maestrichtien et non dans la nappe phréatique(2). Il l’a dit avant-hier devant les députés à l’Assemblée nationale.

Selon lui, cette autorisation est assujettie à la réalisation de piézomètres(3) équipés d’enregistreurs automatiques pour surveiller la fluctuation de la nappe. Il a ajouté que la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau suit l’état des nappes et procédera(4)aux vérifications nécessaires pour le refroidissement de la centrale à charbon.

Le ministre a continué à rassurer les parlementaires en soulignant que l’approvisionnement en eau des populations est prioritaire par rapport à son usage agricole ou industriel. Selon lui, les besoins en eau de l’usine de la Cimenterie Dangote ont deux fois inférieurs au débit autorisé(5) et ne présentent aucun risque de tarissement(6).

Concernant le transfert d’eau, Mansour Faye a signalé que l’usine de Keur Momar Sarr va alimenter les villes de l’intérieur du pays à partir d’un débit de 300 000 m3 par jour au lieu de 100 000m3/jour comme c’est le cas actuellement. Enfin, pour ce qui est du typha, il a admis qu’il constitue un gros problème. Mais, plaide-t-il, la solution ne consiste pas à l’enrayer, mais plutôt à le transformer en combustible.

 

« Bizarrement des journaux pris au collet par des dizaines de millions Cfa par un concurrent.(7) n’ont même pas osé reproduire l’intervention positive du ministre Mansour Faye. En revanche, ils sont allés puiser aux sources du concurrent avant de les faire signer par leurs reporters qui servent de couverture dans les articles commandités » dénoncent les partisans de Mansour Faye

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Voici nos Commentaires et preuves à l’appui qui viennent battre en brèche les arguments avancés.

  • le Ministre Mansour FAYE parle de 4 forages autorisés. Or, DANGOTE dispose de 6 autorisations de forages dont 2 délivrées en 2008 par le Ministre ADAMA SALL et de 4 autres délivrées en 2012 par le Ministre Oumar GUEYE.
  • Effectivement les 6 forages de DANGOTE puisent dans le Maastrichtien qui constitue les nappes profondes situées à une profondeur de 300 mètres. C’est cette même nappe avec celle du Paléocène qui permet d’approvisionner les forages de la SDE qui sont sur la zone et qui participent à 50% de l’approvisionnement en eau de Dakar. C’est aussi cette même nappe qui fait l’objet d’une utilisation intensive et qui accuse déjà un déficit de 15 millions de m3 suite à l’exploitation. C’est aussi cette même nappe qui risque le phénomène d’up-coming, c’est-à-dire la remontée d’eau salée. C’est aussi cette même nappe dite du maastrichtien pour laquelle les experts (y compris ceux commis par DANGOTE) indiquent qu’elle subit déjà une surexploitation (voir page 46 étude d’impact de DANGOTE Tome 1 – juin 2014)
  • Malgré les recommandations de la DEEC aucun piézomètre n’est installé à ce jour (voir rapport de la DEEC juin 2014). Alors nous interrogeons : Comment délivrer une autorisation sur une nappe déjà surexploitée et comment laisser cette nappe en exploitation sans aucun appareil de mesure ?
  • Est-ce à dire que les vérifications n’ont pas été faites ? Effectivement aucune vérification n’a été faite avant d’accorder les autorisations, car aucune n’étude n’a été fournie, et DANGOTE n’a jamais décrit ni à l’administration ni aux populations avant juin 2014 son système de refroidissement à eau et les risques associés à cette technologie.
  • Le débit autorisé pour les 6 forages accordés à DANGOTE est de 80m3/H pour chacun. Ce qui correspond à 80 x 24h X 365 jours X 6 forages = 4 204 800 m3/ an. Or, Les besoins actuels de la centrale thermique à charbon (dans son dimensionnement à 22MW) et de la cimenterie (1,5 M de T de ciment) sont de 1 478 520 m3 / an dont 1 200 000 m3 juste pour la centrale ! Cependant, DANGOTE a prévu l’extension de son usine et de sa centrale avec un doublement des capacités (annoncé par son DG Aramine Mbacké). C’est pour cette raison que DANGOTE a demandé ces 6 forages qui lui ont été accordés sans aucune étude d’impact préalable. En 2008 comme en 2012 !
  • Les rapports fournis à l’Etat du Sénégal dans le cadre d’études sérieuses financées par la Banque Mondiale en 2001 (Rapport COWI-Polyconsult) et en 2009 (Rapport GKW) font état d’une surexploitation de la nappe et évoquent très clairement le risque d’épuisement du maastrichtien et prévoit la salinisation de la nappe à l’horizon 2035 ce qui la rendra inexploitable pour des centaines d’années. Les conclusions de ses rapports sont d’ailleurs à l’origine des restrictions imposées à la SDE qui n’est autorisée, dans le secteur de Pout Nord, qu’à effectuer des réhabilitations d’ouvrages existants.
  • La concurrence n’a rien à voir dans notre combat. Par ailleurs, nous sommes renseignés sur les technologies installées chez les autres cimentiers : ni SOCOCIM ni CDS n’utilise de centrale à charbon à refroidissement par eau.

Ce que nous souhaitons, c’est que tout simplement la cimenterie DANGOTE utilise une technologie qui ne menace pas nos réserves en eaux et ne fasse pas peser des risques sanitaires majeurs sur les populations à cause d’un système à refroidissement inadapté et dangereux n’ayant jamais fait l’objet d’aucune analyse des pouvoirs publics et d’aucune information des populations.

Quant à la presse, il est toujours facile de l’accuser comme étant au service de tel ou tel.

Ce que nous demandons c’est que les graves erreurs commises par DANGOTE soient reconnues et corrigées et que les services de l’Etat puissent défendre l’environnement des populations locales et les réserves en eau de cette zone qui approvisionne DAKAR puisse être préservées !

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